9 mois dedans, 9 mois dehors

Le 27 août 2019, en me réveillant, une boule de feu brûlait dans mon cœur. La date prévue de mon accouchement était arrêtée au 28. Mais je rêvais d’accoucher le 27. Mais commençons au commencement. J’ai d’abord rêvé d’un troisième bébé. Et le miracle s’est produit. J’ai ensuite rêvé d’avoir un bébé surprise. De connaître la sensation dingue et tellement naturelle au final de découvrir le sexe à la naissance. Et nous avons réussi. Et avec le recul, je suis si heureuse d’avoir opté pour ce choix et d’avoir connu ce mystère de la vie durant 9 mois. C’était ma plus belle grossesse. Parce que je n’avais pas peur de devenir mère comme je l’ai ressenti avec William. Parce que je n’étais pas épuisée de courir après un enfant de 18 mois comme avec Louis mais parce que j’étais sereine, expérimentée et heureuse de partager ce bonheur avec mes deux grands garçons. Qui me laissaient me reposer, qui prenaient soin de moi. Et surtout, parce qu’il y avait comme une sorte de magie qui entourait ce bébé au sexe inconnu. C’était juste une personne, si calme dans sa bulle d’eau. Je ressentais uniquement son énergie sans imaginer son visage. Et j’aimais déjà tellement cette énergie! James était une vraie lumière en moi. Ensuite, j’ai voulu un bébé du signe Vierge car je les aime d’amour ces signes. Mon mari est “vierge”, mes meilleures amies sont “vierge”, mon frère est “vierge”. Ils ont tous cette profonde gentillesse qui me transperce. Ce côté passionné, cette emphase pour la vie. Et ils sont tous talentueux. Il me fallait tenir jusqu’au 23 août. Et pourtant, je n’ai eu de cesse de croire qu’il ne tiendrait pas jusque là. Tant je sentais son poids entre mes jambes. Je me préservais un maximum. J’ai d’ailleurs pris bien plus de kilos que pour les autres grossesses ha! Et le 23 est arrivé. Nous avons réussi notre bébé “vierge”. Après cela, je me suis laissée bercer par le bonheur de sa venue imminente, pieds nus dans le jardin verdoyant. Inondée par la chaleur estivale et par les hormones de fin de grossesse. Oui, c’est parfois difficile de se relever après une position assise ou couchée trop longue. Oui, on est vite essoufflée. Mais la fin de grossesse et l’accouchement sont les plus merveilleux moments pour moi. Ceux que je n’oublierai jamais. Ce sont les plus fatigants, les plus douloureux mais les plus puissants, les plus époustouflants dans une vie de maman. Et cette fin de mois d’août a vraiment été magique. Je me rappellerai toujours ces cafés légers que je buvais dans le fond du jardin, à lire et à écouter les voix enjouées de William et Louis. Les entendre rire, crier, imaginer, s’aventurer. Viens Louis! Prends ton bâton! Louis, on disait qu’on était des fermiers sur notre tracteur et qu’on coupait le maïs dans le champs ? Maman, regarde! Regarde maman! Je vais garer mon tracteur. Et moi de les observer, le cœur lourd d’amour.

Et puis le 27 est arrivé. Je rêvais d’accoucher le 27. Car j’aime le chiffre 7. Et le 2 aussi d’ailleurs. J’ai vraiment cru que ce serait ce jour-là. Mais le matin, aucun signe annonciateur. Et même une énergie nouvelle. J’avais rendez-vous le lendemain pour un contrôle et pour décider d’une date où l’on provoquerait au cas où. Ah non! Hors de question qu’on provoque. Et quand j’ai une idée en tête, je ne l’ai pas ailleurs. Il est très très difficile pour moi d’en démordre. Alors j’ai ramassé tout le bois coupé au fond du jardin et je l’ai rangé dans l’abri. J’ai nettoyé à l’arrosoir le toit de la volière. Je suis montée sur l’échelle et j’ai levé haut mes bras pour enlever les branches de sapin sur les tuiles du haut. Nous sommes allés manger une hamburger frites avec les enfants car on dit qu’un repas copieux peut déclencher le travail. Nous avons fait une promenade, nous avons fait l’amour. Et le soir, je suis allée dormir avec un petit pincement au cœur. Toujours rien. À 1h du matin, je me suis levée pour faire pipi. Et là je l’ai sentie. La petite douleur dans les reins. La toute petite douleur de règles. Et j’ai su. Comme j’ai su pour Louis. Comme je l’ai découvert pour William. Il suffit d’une fois et on la reconnait pour toujours. J’ai souri et sans rien dire, j’ai convaincu mon amoureux, cet oiseau de nuit qui regardait encore un film, d’aller dormir. Sans rien avouer de mon secret. Et là j’ai attendu. Essayant de me reposer encore un maximum. Somnolant. Imaginant mon bébé. Deux, trois heures pour qu’Antho puisse dormir un peu. J’étais la seule à savoir que c’était pour aujourd’hui et je voulais profiter de cet instant rien qu’à nous deux. Bébé et moi. La fenêtre entrouverte me laissait entendre le doux murmure de la vie nocturne. À la lisière du bois, il s’en passe des choses. J’entends le hibou. Et puis un autre cri. Un renard? Un chevreuil? Bientôt c’est moi qui crierai. Mais je n’ai absolument pas peur. Je n’ai jamais peur au début. Je suis plutôt terriblement excitée. Curieuse de savoir comment cela se produira. Il est 4h du matin et les contractions sont de plus en plus fortes et rapprochées. Pas de quoi paniquer mais je sens qu’il est temps. Je réveille mon amoureux tout doucement. Il est heureux. Il me dit de rester dans le lit, d’appeler mes parents pour qu’ils viennent garder les enfants comme nous l’avions prévu et pendant ce temps-là, il va prendre sa douche et préparer les affaires. J’appelle ma maman. Après la deuxième sonnerie, ma sœur (qui vit là pendant quelques temps pour cause de travaux chez elle) me répond toute excitée. C’est bon? Ça y est? Je préviens maman! Elle sera là dans une petite heure! Je me repose encore un peu. Je me décide à tout de même prendre une douche pour me rafraîchir. J’enfile ma jolie robe blanche en coton. Mes sandales dorées. Je vérifie que tout est dans la valise. Et je ferme les yeux à chaque contraction. Ces contractions-là sont mes préférées. Assez fortes pour bien les sentir mais largement supportables. Et comme cette impression que chaque contraction libère une hormone. Hormone de plaisir, hormone de courage, hormone de force. Mes parents sont enfin là. Il est 5h15. Nous sourions, nous nous embrassons. Je vais caresser une dernière fois avant le grand changement les doux cheveux blonds de mes deux petits anges devenus si grands tout à coup. Et nous voilà partis. Nous arrivons un peu avant 6h du matin à l’hôpital. Tout est calme. J’adore cette ambiance. Pour mes 3 enfants, mon arrivée se sera faite dans la douceur silencieuse des heures creuses. Le soir pour William, la nuit pour Louis et l’aurore pour James. Nous sonnons devant le cocon et une sage-femme vient nous accueillir. C’est exactement celle que j’avais envie d’avoir auprès de moi qui est là. Dommage, une autre la remplace dans peu de temps. Mais elle prend tout de même le temps de m’ausculter. Je souris, je me sens bien. Je fais une petite blague avec mon mari. La sage-femme me dit alors combien je l’épate car je suis déjà à 6 cm et pas la moindre grimace de douleur à l’horizon. Cela me fait plaisir et me booste encore plus. La chambre d’accouchement est baignée dans la pénombre. Notre petite lampe rouge adoucit encore plus l’atmosphère. Antho a mis sa musique préférée du moment, John Mayer. Pas étonnant que ce chanteur divin m’enivre encore aujourd’hui. La douceur de sa voix m’apaise, m’enrobe de sérénité. Et me voilà prête à accomplir la partie la plus difficile. Seulement je sais que mon travail ralentit à 7 cm. C’était le cas pour les deux premiers et seule la percée de la poche active la descente du bébé. Mais au cocon, point d’acte médical. On laisse faire Dame Nature et j’espère accoucher d’un bébé coiffé comme on dit. Au bout de 3 heures, je n’en peux plus, je craque. Et là, je dis à la sage-femme d’un ton péremptoire, soit vous percez la poche soit je sors du cocon et je fais une péridurale car je ne tiendrai plus encore des heures comme ça. Je n’ai presque plus d’énergie et j’en ai besoin pour la fin. Après une rapide discussion avec les autres femmes de l’équipe, la sage-femme accepte ma demande. On fait couler un bain bouillant. Tout va aller très vite maintenant. Antho et moi entrons dedans et je commence ma méditation. Ma respiration. Ma concentration. Ça devient extrêmement douloureux mais je sais que c’est presque fini. Après une petite demi heure de contractions aux douleurs maximales, je sens enfin l’envie de pousser. J’y vais et là, je me rassure en me disant qu’après deux poussées, bébé sera là. Comme pour Louis. Mais je n’imaginais pas devoir sortir un bébé de 4 kilos. Ha! Louis en faisait 3. Jamais je n’aurais jamais pensé qu’un kilo changerait autant la donne. J’avais beau pousser, il ne sortait pas. Les sages-femmes me rassuraient en me disant que j’avais tout mon temps car bébé était d’une zénitude absolue. Moi, en revanche, j’étais à l’opposé de ça. Alors j’ai poussé comme j’ai jamais poussé de ma vie pour que ça se finisse au plus vite. Pendant au moins 20 minutes. Et le cercle de feu, comme on l’appelle, est arrivé. La tête qui sort. La douleur la plus intense que j’ai jamais ressentie. J’ai crié, j’ai pleuré, j’ai complètement perdu les pédales. Et puis je suis revenue à moi, j’ai soufflé et je me suis calmée. Je sentais des fourmillements dans tout mon corps. Je voulais que ça cesse mais je savais que la seule manière d’arrêter la douleur était de continuer. Le terme courage prend véritablement son sens dans ces moments-là. Encore deux poussées et sa tête est sortie. “La tête est sortie” est pour moi la plus belle phrase au monde! C’est presque fini. Encore une petite poussée et les épaules sortent. Et là, j’ai vu mon bébé dans l’eau. J’ai vu sa tête venir à moi. J’aurais pu le laisser nager encore car il peut respirer grâce au cordon mais c’était juste impossible. Je l’ai attrapé pour l’enlacer. Cette image de son visage dans l’eau sera une des plus belles images. Elle restera pour toujours gravée dans mon cœur, dans ma chair, dans mon tout. Et puis ma main a caressé ses fesses pour aller de l’autre côté sentir le sexe. J’ai touché ces attributs que je ne connais que trop bien et j’ai souri. Je suis une maman de garçons et j’en suis tellement fière.

Cette naissance fut la plus douloureuse mais la plus puissante. Le point d’orgue, le couronnement de cette étape de ma vie. La maternité. Oui l’accouchement sans péridurale peut être extrêmement dur. Mais ce passage de la douleur à la plénitude en 1 seconde est absolument MAGIQUE. Merci mon James d’être cette lumière dans notre vie.

2 Comments

  • Nenonie
    mai 31, 2020 5:41

    Mon dieu…. ton plus beau texte jusqu’ici. J’ai versé avec toi quelques larmes de douleur et de joie. C’est sublime, comme lui, comme vous. Je vous aime grand comme ça !

  • Maman
    mai 31, 2020 8:46

    Magnifique ma chérie ! Je t’aime très fort, tu es une maman merveilleuse qui vit intensément l’amour pour tes enfants ! Je suis très fière de toi ! Ce texte, je le relirai….💓💓💓

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